Son établissement avait détendu les visages de Guinéens à bout de patience face aux détournements à ciel ouvert des deniers publics, dans la limite où le hold-up financier, le braquage du trésor, était une arène sans maître de cérémonie. C’est une course à l’enrichissement illicite.
À peine entré en fonction, un cadre dont la rémunération n’excède pas dix (10) millions peut s’offrir des résidences de prestige, des séjours dépaysants, au grand déplaisir de la population vivant dans la précarité, sans logement décent, ni soins, ni infrastructures modernes.
La CRIEF, cette juridiction spéciale, était d’une nécessité évidente pour traquer les bandits à col blanc et arrêter l’hémorragie financière. Hélas ! La déception qu’elle a engendrée dépasse les attentes qu’elle avait fait naître. Ses résultats sont modestes et sa prestation appelle à la réflexion.
Une vague d’arrestations sans pièces accablantes. Ses cibles moisissent en prison depuis plusieurs années et le peuple n’en sait rien d’un seul sou récupéré. Sa démarche est bancale et si chancelante qu’une voix interne s’était dressée pour la décrier.
Comme par magie, cette voix a désormais la mission de remettre l’institution sur orbite, de la réhabiliter conformément à sa raison d’être. Pour clore une page peu honorable et ouvrir un chapitre prometteur, le magistrat déclare : « Ne soyez pas étonné demain qu’un ministre actuel puisse passer devant la CRIEF ».
Est-ce un aveu implicite que, jusqu’à cet instant, l’institution ciblait ceux qu’elle tenait pour coupables ?
Si la réponse est affirmative, il sera impératif de s’employer à redresser. Cette rectification s’avérera délicate ; pour l’anecdote, c’est une procédure de poursuite contre les DAF initiée à l’époque par le génie qui avait ouvert la crise institutionnelle à l’origine de la dissolution du gouvernement Gomou.
Viser certains profils peut entamer la stabilité du dispositif et vous coûter votre place. Dans un pays tel que le nôtre, les soutiens indéfectibles du chef ne sont pas faciles à mettre en cause, même lorsque leurs manquements sont établis et documentés.
Dans ce climat, maintenir son poste et préserver l’unité de la structure seront placés au premier rang, et la moralisation de la gestion publique au rang secondaire. C’est une CRIEF version bis !
Mamadou BARRY III








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